Pourquoi est-il parfois si difficile de se détendre pendant les vacances, alors même qu’on les attendait avec impatience ? Que se passe-t-il en nous lorsque l’agitation extérieure s’arrête ? Et surtout, comment accueillir ces résistances sans culpabilité ?
On l’entend partout : “Les vacances, c’est fait pour se reposer.” Cette phrase en apparence anodine se transforme parfois en injonction. Car dès les premiers jours, si la détente ne vient pas, la culpabilité s’installe : “Pourquoi je n’y arrive pas ? Qu’est-ce qui cloche chez moi ?”
La réalité, c’est que le corps et le mental ont besoin d’un temps de transition. Passer d’un rythme soutenu, souvent stressant, à une phase de repos, demande une réadaptation progressive. Ce n’est pas parce que l’on change de lieu ou que l’on arrête de travailler que l’on peut automatiquement relâcher toutes les tensions accumulées.
Et plus l’année a été éprouvante, plus ce “basculement” peut être inconfortable.
La charge mentale ne s’évapore pas à la première minute des congés. Elle est souvent liée à des automatismes profondément ancrés : anticiper, organiser, veiller à ce que tout se passe bien. Elle concerne particulièrement les femmes et les parents, qui restent souvent les chefs d’orchestre invisibles des vacances familiales.
Même en dehors de tout contexte familial, beaucoup de personnes continuent d’être mentalement mobilisées :
Toutes ces pensées entretiennent un état d’alerte qui empêche une vraie déconnexion.
Pendant l’année, nos journées sont souvent bien remplies. Le rythme quotidien, aussi épuisant soit-il, agit parfois comme une forme d’anesthésie. Il occupe l’esprit, masque les émotions, remplit les vides.
Quand les vacances viennent tout ralentir, ce silence extérieur peut mettre en lumière ce que nous avions mis de côté :
Ces contenus internes peuvent émerger de manière brutale, laissant un sentiment de malaise diffus. Et c’est précisément parce que l’espace est plus calme qu’ils ont l’occasion de remonter à la surface.
Pour certaines personnes, l’inaction est insupportable. Ne rien faire, c’est perdre du temps, être inutile, voire confronté à une forme d’angoisse existentielle. La détente implique une forme de lâcher-prise, parfois perçue comme dangereuse pour ceux qui se sont construits dans l’hyper-contrôle ou l’hyperactivité.
Chez d’autres, le fait de ralentir peut réveiller de vieilles blessures : solitude, sentiment d’abandon, vide intérieur. Les vacances, censées être un moment joyeux, deviennent alors un révélateur d’une souffrance plus enfouie.
La clé réside dans l’accueil bienveillant de ce qui se passe, sans chercher à “forcer” la détente. Voici quelques pistes pour aborder cette période avec plus de douceur :
Il est naturel que le corps et le mental mettent plusieurs jours à ralentir. Accueillir ce temps de transition sans se juger est une première étape essentielle. On ne se détend pas sur commande.
Observer les injonctions internes qui nous agitent : “Il faut profiter à tout prix”, “Je dois être heureux.se”, “Je n’ai pas le droit de me sentir mal en vacances”… Les repérer permet de les déconstruire pour ne plus les subir.
Parfois, la détente passe par de petites choses très concrètes : sentir ses pieds dans l’eau, respirer profondément, écouter le silence, regarder le ciel. Ces moments d’ancrage corporel aident à calmer l’agitation mentale.
Partager ce que l’on ressent avec une personne de confiance ou un professionnel peut être libérateur. Nommer son mal-être, même pendant les vacances, permet souvent de soulager la pression.
Et si l’été n’était pas forcément un moment de transformation, de dépassement de soi ou de plénitude ? Le simple fait d’être là, comme on est, peut déjà être une forme de repos.
Si cette difficulté à se détendre revient chaque été, ou si elle s’accompagne d’une fatigue chronique, d’une sensation de vide ou d’une anxiété persistante, il peut être utile d’en parler à un·e thérapeute.
L’accompagnement permet de comprendre ce qui se joue derrière cette incapacité à relâcher. Parfois, il révèle des mécanismes plus anciens : peur de s’écrouler si l’on s’arrête, besoin de reconnaissance lié à l’action, difficulté à écouter ses besoins profonds…
En travaillant sur ces schémas, on peut progressivement se réconcilier avec les temps de repos, et apprendre à les vivre comme des espaces nourrissants, et non menaçants.
Il est temps de sortir de l’injonction au bonheur immédiat et à la détente parfaite. Nos rythmes internes ne s’alignent pas toujours avec le calendrier estival. Accueillir cette difficulté sans culpabilité, c’est déjà commencer à prendre soin de soi. Et peut-être, petit à petit, s’autoriser à goûter au repos autrement : non comme un objectif à atteindre, mais comme une posture d’écoute et de bienveillance envers soi-même.